Préservatifs défectueux : plus de 40 000 unités écoulées en France sans passer les contrôles
Photo : cottonbro studio
Tech et Science · Antoine Lazare ·Le
Une trentaine de références vendues en pharmacie, en ligne et dans des enseignes bien connues du grand public. Derrière un packaging soigné, des produits qui n'ont, pour la plupart, jamais été validés par les autorités sanitaires européennes.
Une alerte conjointe des autorités
C'est un communiqué signé à deux mains qui a mis le feu aux poudres ce vendredi 21 août. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et la Direction générale de la santé (DGS), rattachée au ministère de la Santé, annoncent avoir identifié une trentaine de références de préservatifs non conformes à la réglementation européenne. Le volume est loin d'être anecdotique : environ un millier de boîtes, soit plus de 40 000 préservatifs, auraient été écoulées ces derniers mois sur le territoire français.
La majorité de ces produits ont transité par Internet, vendus « en majorité » par des distributeurs présentés comme asiatiques dans le communiqué des deux institutions. Mais l'affaire ne se limite pas aux marketplaces obscures : certaines références étaient bel et bien disponibles en pharmacie et dans des enseignes physiques.
Des marques vendues jusque dans les rayons de pharmacie
Selon le site gouvernemental Rappel Conso, les références pointées du doigt appartiennent aux marques Friday Bae (déclinaison Le Préservatif), Okamoto (modèles 003 et 002), Sagami (Sagami Original 002) et My Lubie. Cette dernière se distingue par la diversité de ses canaux de distribution : outre Amazon, ses produits étaient proposés en pharmacie ainsi que dans des enseignes comme Nuoo, Mademoiselle Bio, Monoprix, Ayanature ou encore Passage du Désir.
Cette présence en circuit physique, loin des seules plateformes étrangères, explique en partie l'ampleur de la réaction des autorités : le grand public pouvait légitimement faire confiance à des points de vente réputés fiables.
Le marquage CE, un filet de sécurité pas infaillible
Sur le fond, le problème est d'abord administratif avant d'être sanitaire. La quasi-totalité des produits épinglés ne dispose pas du marquage CE, cette certification censée garantir le respect des normes européennes de sécurité, de santé et d'environnement. Beaucoup n'avaient pas non plus été soumis à une évaluation de conformité par un organisme tiers indépendant, ni même dotés d'une notice en français.
Plus troublant encore, les contrôles menés en magasin et en pharmacie ont révélé que deux références disposaient bien du fameux marquage CE, sans pour autant être conformes : l'une présentait un risque d'éclatement, l'autre des perforations. Une découverte qui relativise la fiabilité de ce sésame à elle seule, même si les autorités continuent de le recommander comme premier réflexe de vérification.
Ce nouveau signalement s'ajoute à un précédent : fin mai puis début août, environ 260 000 préservatifs avaient déjà fait l'objet de rappels distincts.
Des conséquences potentiellement graves
Le risque n'est pas anodin. Un préservatif défaillant expose à une grossesse non désirée ou à la transmission d'une infection sexuellement transmissible. Les autorités recommandent donc aux personnes ayant utilisé l'un de ces produits de réaliser un dépistage des IST, ainsi qu'un test de grossesse en cas de retard de règles.
Aucun incident n'a toutefois été signalé à ce stade, précisent la DGCCRF et la DGS.
Ce que doivent faire les personnes concernées
Pour toute personne ayant utilisé l'une des références citées, ou un préservatif dont la provenance reste incertaine, les autorités sanitaires formulent deux recommandations concrètes.
La première consiste à réaliser un dépistage des infections sexuellement transmissibles, y compris en l'absence de symptôme apparent, certaines IST pouvant rester silencieuses pendant plusieurs semaines. Ce dépistage peut être effectué gratuitement dans un Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd), un laboratoire d'analyses médicales ou auprès d'un médecin traitant.
La seconde recommandation porte sur la grossesse : en cas de retard de règles, un test s'impose, le préservatif restant, avec la pilule, l'un des moyens de contraception les plus utilisés en France.
En cas de doute sur la marque ou la référence achetée, la vérification peut se faire directement sur le site Rappel Conso, qui recense l'ensemble des produits visés par la procédure.
Les réflexes à adopter avant tout achat
Au-delà de ce signalement, la DGCCRF rappelle une série de vérifications à effectuer systématiquement, en pharmacie comme en ligne, avant l'achat de préservatifs. Le premier réflexe consiste à contrôler la présence du marquage CE sur l'emballage, seul gage d'une évaluation de conformité aux normes européennes de sécurité, sachant, comme le montre cette affaire, qu'il ne suffit pas toujours à écarter tout risque.
Il convient également de vérifier l'identité et la fiabilité du vendeur, en particulier sur les places de marché en ligne où se multiplient les revendeurs tiers difficiles à identifier, ainsi que de s'assurer de la présence d'une notice en français précisant les précautions d'emploi, le mode de conservation et les éventuelles contre-indications.
Avant chaque utilisation, l'état de l'emballage et la date de péremption méritent aussi d'être examinés, un emballage abîmé ou un produit périmé pouvant fragiliser le latex. Enfin, mieux vaut privilégier les circuits de distribution connus, qu'il s'agisse de pharmacies, d'enseignes spécialisées ou de la grande distribution, plutôt que des vendeurs tiers non identifiés sur les plateformes en ligne.
Une liste de vigilance qui, comme le montre cette affaire, ne dispense pas d'une certaine prudence même face à un logo censé rassurer.




