Le cinéma comme réponse au fracas du monde

La présidente du Festival, Iris Knobloch, l’a dit avec une franchise désarmante : « les nouvelles qui nous parviennent du monde sont tout sauf rassurantes ».Elle aurait pu s’en tenir là. Elle a préféré rappeler une évidence que l’on oublie trop souvent : le Festival de Cannes lui-même est né dans un monde en crise, en 1939 exactement. Réunir des artistes du monde entier n’était alors pas un luxe c’était une nécessité. Cette édition 2026 porte cette conviction en étendard.

À la barre du jury, le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook succède à Juliette Binoche, lui qui fut lauréat du Grand Prix pour Old Boy et du Prix de la mise en scène pour Decision to Leave. Ses films venus de Séoul ont « créé des séismes aux quatre coins du monde », soulignent les organisateurs. Son regard acéré sur une sélection tendue entre histoire et désordre contemporain promet des délibérations à la hauteur de l’enjeu.

Les grands noms et les nouvelles voix

La compétition réunit des auteurs confirmés comme Pedro Almodóvar, Asghar Farhadi et Hirokazu Kore-eda, aux côtés de Paweł Pawlikowski, Ira Sachs, László Nemes et Ryusuke Hamaguchi. L’Espagnol Almodóvar arrive avec Amarga Navidad, sa septième sélection en compétition et toujours aucune Palme. Le Roumain Cristian Mungiu, Palme d’or 2007 pour Quatre mois, trois semaines, deux jours, revient avec Fjord, une histoire de parents religieux qui s’installent dans un petit village norvégien, avec Renate Reinsve et Sebastian Stan.

Côté France, Jeanne Herry suit une apprentie comédienne aux prises avec l’alcool dans Garance, avec Adèle Exarchopoulos. Emmanuel Marre, lui, retrace dans Notre Salut le parcours d’un écrivain sous l’Occupation. Et les cinéphiles attentifs au détail noteront que le Minotaur d’Andreï Zviaguintsev est présenté par Thierry Frémaux, délégué général du Festival, comme un remake de La Femme infidèle de Claude Chabrol. 

Cinq réalisatrices figurent dans la sélection : Valeska Grisebach, Jeanne Herry, Léa Mysius, Charline Bourgeois-Tacquet et Marie Kreutzer. Une présence féminine affirmée dans une compétition à dominante internationale.

Un miroir tendu à l’Histoire

Cette édition 2026 observe le monde avec une lucidité qui n’exclut pas l’inquiétude. Plusieurs films français ou coproduits s’attaquent à la période trouble de Vichy, comme si le cinéma avait besoin, aujourd’hui plus qu’hier, de retrouver les fantômes de l’Histoire pour mieux comprendre le présent. Le film d’ouverture, La Vénus électrique de Pierre Salvadori, plonge dans le Paris des années 1920, avec Pio Marmaï et Gilles Lellouche.

Au total, 2 541 longs métrages ont été soumis au comité de sélection, soit 1 000 de plus qu’il y a dix ans, en provenance de 141 pays. Thierry Frémaux y voit « une vitalité quantitative » et qualitative à la fois. De quoi rendre le verdict du jury encore plus imprévisible.

Infos pratiques

Le 79e Festival de Cannes se tient du 12 au 23 mai 2026 au Palais des festivals, à Cannes. La cérémonie d’ouverture accueille La Vénus électrique de Pierre Salvadori hors compétition. Le jury est présidé par Park Chan-wook. Deux Palmes d’honneur seront remises au cours de la manifestation : au réalisateur néo-zélandais Peter Jackson et à l’actrice et chanteuse américaine Barbra Streisand. La sélection officielle complète et les modalités de billetterie sont disponibles sur festival-cannes.com.