On l'avait rencontré au fond d'un bar où il nous avait joué en live le titre qui allait devenir son premier clip. Depuis, beaucoup de choses ont changé et en même temps, pas tant que ça. ØDZI, c'est un artiste qui avance à son rythme, sans trop savoir où il va et qui revendique ça comme une force. Son passage dans le dispositif Combo, accompagné par l'équipe du Café Charbon, lui a permis de bosser sur tous les fronts comme la scène, la direction artistique et la connaissance du milieu musical. Mais surtout, de repartir de ses influences plutôt que de construire un personnage de toutes pièces.

« Le personnage est moins marqué, la musique est plus mise en avant », résume-t-il.

Exit les ailes d'ange très imagé du début, enfin, presque.

« Je les ai brûlées… que la gauche. Je joue sur l'aile gauche, je rentre et j'enroule bien. Un peu à la Thierry Henry époque Arsenal. »

Le jeu de mots, lui, est resté intact.

Anges déçus

Son projet tourne toujours autour de cette figure de l'ange mais le propos s'est élargi. Ce qui était d'abord une introspection personnelle est devenu quelque chose de plus universel.

« J'avais l'impression qu'en regardant le fonctionnement du monde, on était tous un peu comme des anges à l'enfance. Et qu'après, en grandissant, avec toutes les problématiques autour, les petits anges perdent énormément de plumes. »

Un discours ancré dans une époque anxiogène, qu'il assume pleinement et qu'il met aussi en musique. Crises d'angoisse, stress, perfectionnisme, ØDZI n'esquive pas les sujets qui fâchent.

« Je préfère en parler. Je pense qu'il y a beaucoup de gens dans mon cas et de plus en plus. »

Jamais satisfait

 Ce qui frappe chez lui, c'est ce mélange assez rare de détachement apparent et d'exigence totale. Il dit ne pas être attaché à ses chansons, prêt à tout reprendre de zéro si quelqu'un de légitime lui dit que c'est nécessaire. Mais derrière cette nonchalance, il y a un moteur bien réel.

 « Je ne serai jamais assez bien. Donc du coup, je vais fournir des efforts immenses pour essayer d'y arriver. »

L'EP en cours d'enregistrement (dans un studio "dont les chats ne font pas pipi", contrairement à son grenier) en est la preuve concrète. Pas de date de sortie annoncée, pas de pression inutile. Le Printemps de Bourges et les Inouïs traînent dans un coin de sa tête, mais sans obsession.

« Le plus important, c'est le chemin, c'est pas l'arrivée »

Première spéciale

 Pour cette date au Café Charbon, ØDZI arrive avec une set list de 7 à 8 morceaux, taillée dans un catalogue qui en compte déjà entre 25 à 30. Et pour pimenter le tout, il a glissé un titre écrit la semaine même. Risqué. Assumé.

 « Je me suis mis beaucoup de pression, mais j'ai bossé en conséquence. »

 ØDZI ne sait pas encore où il va, ou il le sait très bien. Enigmatique et reveur jusque dans ses échanges, il le dit lui-même, sans gêne et presque avec fierté. Mais à l'écouter parler de sa musique, de ses doutes et de ses anges qui perdent leurs plumes, on se dit que le chemin, lui, est déjà bien tracé...et qu'il vaut le coup d'être suivi.