Des plaintes déposées à Grenoble et à Paris

La DJ Barbara Butch et sa société Butch Events déposent ce jeudi plusieurs plaintes, a annoncé à l'AFP son avocate, Me Audrey Msellati. Elles visent le mouvement de La France insoumise, certains de ses élus et représentants locaux, ainsi que le média d'extrême droite Omerta et l'essayiste Alain Soral.

Le communiqué du conseil de l'artiste évoque des faits susceptibles de constituer les délits de provocation publique à la haine et à la violence, violences aggravées, entrave à la liberté de création artistique, cyberharcèlement aggravé, diffamation et injure publiques aggravées. Tous les chefs de plainte ne s'appliquent pas à tous les acteurs visés, précise l'avocate, qui résume sa position d'une formule : le débat relève de la liberté, la violence d'une infraction.

Un concert interrompu après vingt minutes

Samedi 18 juillet, le concert de la DJ au festival Cabaret Frappé a été arrêté au bout d'une vingtaine de minutes, après l'irruption d'une centaine de militants propalestiniens et insoumis. L'action répondait à un appel au boycott lancé notamment par la section iséroise de La France insoumise. La mairie a fait état de jets de bouteilles en verre et d'autres projectiles visant délibérément la scène.

Les militants reprochaient à l'artiste sa participation, en 2025, à un événement organisé à la résidence de l'ambassadeur de France en Israël, ainsi que sa signature d'une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan. Ce texte, retiré par le gouvernement en avril, devait selon l'exécutif lutter contre l'antisémitisme ; ses détracteurs y voyaient une menace pour la liberté d'expression des opposants à la guerre menée par Israël à Gaza.

Une enquête du parquet et une réponse de LFI

Le parquet de Grenoble a ouvert mardi une enquête pour délit d'entrave concertée aux libertés. Du côté de La France insoumise, le coordinateur Manuel Bompard s'était exprimé dès lundi sur franceinfo. Mercredi sur BFMTV, la cheffe de file des députés insoumis Mathilde Panot a reconnu que le tract distribué par les militants était « mauvais » et a condamné les insultes et les jets de projectiles, tout en assurant qu'il n'y a pas d'antisémitisme dans les rangs du mouvement.

Plusieurs responsables politiques ont réagi. La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a estimé que l'artiste avait été chassée de scène en raison de sa judéité et mis directement en cause LFI, assurant que l'État garantirait sa sécurité.

« L'impression d'être dans un étau »

Sur BFMTV mercredi soir, l'artiste de 45 ans s'est dite toujours en état de choc et a expliqué ne pas s'être attendue à une telle violence, redoutant sur le moment que la situation dégénère pour ses équipes et le public.

Elle décrit une position d'étau, se disant visée à la fois par l'extrême droite et par La France insoumise, ce qui explique la double cible de ses plaintes. L'artiste attaque également l'essayiste Alain Soral, multicondamné en France, qui avait rejoint la Suisse en 2019 pour échapper à la prison ; qui a récemment annoncé être réfugié en Russie, après une condamnation en mars en Suisse à cinq mois de prison ferme pour des propos antisémites et homophobes.

Barbara Butch a assuré qu'elle serait bien aux platines samedi, lors d'un festival dans l'Yonne.