L'écriture comme refuge

Agathe Natanson a toujours chéri l'art épistolaire. Pour elle, écrire des lettres est une manière de capturer des émotions et des pensées qu'on n'oserait pas exprimer oralement ou dans un simple email. "J'aime cette façon de communiquer. Je trouve qu'on y dit des choses qu'on ne pourrait peut-être pas dire à l'oral", confie-t-elle.

Lorsqu'il était encore là, Agathe écrivait déjà ses sentiments dans de petits carnets qu'elle gardait toujours sur elle. Ces écrits sont devenus une bouée de sauvetage lorsque Jean-Pierre est parti. "Très vite j'ai eu envie de rester avec lui, et la meilleure façon de rester avec lui, c'était de lui écrire", explique-t-elle. Ces lettres, initialement personnelles, sont devenues un livre poignant qui explore la complexité du deuil et la quête de sens après la perte d'un être cher.

La condition de veuve

Le livre d'Agathe Natanson est aussi un témoignage poignant sur la condition de veuve, un état qu'elle décrit comme extrêmement fragile et souvent incompris. "Une veuve, c'est une poupée qui a perdu son enfant roi, son protecteur, son tyran parfois", écrit-elle. Elle souligne la solitude et la douleur qui accompagnent ce statut, une solitude qu'elle qualifie de "poisseuse" car elle colle à la peau et reste invisible aux yeux des autres.

Elle décrit avec une émouvante sincérité les matins chagrins, les rues dans lesquelles on erre en pensant à l'être perdu, et cette solitude qui vous suit partout. "On est complètement cassé à l'intérieur de soi", confie-t-elle. Malgré les apparences, la douleur est toujours là, comme une amputation invisible. "Il me manque un bras, une jambe, un cœur. La moitié de tout."

Anecdotes et souvenirs

Agathe Natanson raconte également des anecdotes touchantes sur Jean-Pierre Marielle, comme sa manière unique de trinquer avec un verre de Chablis dans la main. "Jean-Pierre trinquait en frappant le dos de sa main contre le dos de la main de l'autre personne, pour que les patrons n'entendent pas", se souvient-elle. Cette habitude remontait à une tradition des ouvriers agricoles qui voulaient trinquer discrètement sans attirer l'attention de leurs employeurs.

Un autre souvenir marquant est celui des sardines. Agathe explique dans son livre l'importance des sardines dans la vie d'une veuve. "Les sardines sont extrêmement importantes dans la vie d'une veuve", dit-elle avec un sourire. Elle raconte comment Jean-Pierre et elle partageaient souvent ce simple repas, qui est devenu un symbole de leur complicité et de leur amour pour les petites choses de la vie.

La maladie et la fin de vie

L'ouvrage d'Agathe Natanson est aussi une réflexion sur la maladie et la fin de vie. Elle évoque avec pudeur les derniers moments de Jean-Pierre, atteint de la maladie d'Alzheimer, et son engagement auprès de la Fondation Recherche Alzheimer pour soutenir la recherche et aider les aidants. "C'était très dur d'être aidant, mais je pense que je le referais", confie-t-elle.

Agathe Natanson évoque également sa fidélité aux souhaits de Jean-Pierre pour ses obsèques, respectant sa volonté de simplicité et d'intimité. « Il voulait être enterré à Précy-le-Sec avec simplement les paysans de son enfance, sa famille très proche et deux ou trois amis », raconte-t-elle.

Projets futurs et engagement

Agathe Natanson travaille actuellement sur un spectacle inspiré de son livre, qu'elle espère monter à la rentrée. Elle continue également son engagement pour la recherche sur la maladie d'Alzheimer, organisant des galas et des concerts pour lever des fonds. "J'aimerais qu'on n'oublie jamais Jean-Pierre, qu'on n'oublie jamais le comédien et l'homme qu'il était", conclut-elle.

« Chantons sous les larmes » est un livre bouleversant qui rend hommage à l'amour, à la mémoire et à la résilience. Agathe Natanson y partage ses souvenirs, ses douleurs et ses espoirs, offrant ainsi un témoignage précieux sur la vie après la perte d'un être cher. Un livre à ne pas manquer, pour ne pas oublier Jean-Pierre Marielle, l'homme et le comédien exceptionnel.


« Chantons sous les larmes », Lettres à Jean-Pierre Marielle d'Agathe Natanson, 165 p, Seuil, 16,50 €.