« Le Grain de beauté » : Mathieu Simonet raconte la mort et la liberté du deuil
Culture · Par Théo L.V. ·Le lundi 27 avril 2026 à 17h52 ·mis à jour le 27/04/2026 à 17:52
À l'occasion d'une rencontre avec ses lecteurs à la Maison de la presse de Nevers, l'écrivain Mathieu Simonet a évoqué son huitième livre, une œuvre intime consacrée à la perte de son mari, Benoît, emporté par un mélanome.
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Rencontre avec Mathieu Simonet qui libère le deuil à travers « Le Grain de beauté »
À l'occasion d'une rencontre avec ses lecteurs à la Maison de la presse de Nevers, l'écrivain Mathieu Simonet a évoqué son huitième livre, une (...)
Tout part d’un détail presque insignifiant, un grain de beauté apparu à l’âge de 20 ans, qui finira par tuer un homme vingt-cinq ans plus tard. C’est ce paradoxe, à la fois beau et terrible, qui a donné son titre au livre.
« J’aime beaucoup la théorie de l’effet papillon », confie l’auteur.
Dans cette idée qu’un infime élément puisse bouleverser toute une vie, il a trouvé une matière littéraire forte.
Le livre n’aurait pourtant peut-être jamais vu le jour sans un retournement inattendu. Longtemps, Benoît ne souhaitait pas être au cœur d’un récit. Mais peu avant sa mort, après avoir vu le film Coco, inspiré d’une croyance selon laquelle on ne disparaît vraiment que lorsque plus personne ne pense à nous, il change d’avis.
« Il m’a dit, j’ai changé d’avis, j’aimerais que tu parles de moi dans un livre. T’as carte blanche. »
Pour Mathieu Simonet, cette autorisation a valeur de testament autant que de cadeau. Le récit prend alors une forme hybride, entre mémoire et enquête. Benoît avait confié tous ses codes à son mari, sauf un, celui de son journal intime, rédigé au moment de leur rencontre. Oubli ou secret volontaire ? L’auteur fait appel à un hacker pour y accéder. Il y découvre une promesse ancienne, écrire un livre ensemble.
« Quelque part, je me demande encore s’il avait tout anticipé », glisse-t-il.
Écrire après le deuil, et non au cœur de la blessure
Contrairement à une idée répandue, Mathieu Simonet ne considère pas l’écriture comme une thérapie immédiate. Le livre a été écrit trois ans après la disparition de Benoît, à un moment où une certaine distance s’était installée et où une nouvelle relation avait commencé.
« J’écris sur des sujets sur lesquels j’ai l’impression d’avoir du recul », explique-t-il.
Cette prise de distance lui permet de travailler la matière du texte avec plus de liberté, presque comme un monteur de cinéma.
« 90 % de mon travail, ce n’est pas l’écriture, c’est le montage. »
Il construit ainsi un récit fragmenté, laissant volontairement des blancs pour que chacun puisse y projeter sa propre histoire.
En filigrane, le livre aborde aussi une dimension politique. Avocat de formation, l’auteur s’est longtemps intéressé aux droits des couples homosexuels. Il raconte avoir reçu une très mauvaise note pour un mémoire sur le sujet, jugé « choquant » à l’époque. Lorsque le mariage pour tous est devenu une réalité, il a demandé Benoît en mariage, dans un geste à la fois intime et engagé.
Ce statut d’époux a eu des conséquences concrètes au moment du décès, lui permettant notamment de décider des conditions de l’inhumation. Finalement, Benoît repose dans une petite chapelle au Père-Lachaise, qu’il appelait lui-même « une cabane ». Un lieu que l’auteur a longtemps fréquenté comme un espace presque vivant.
« J’avais l’impression que le cimetière devenait ma maison. »
La liberté du deuil
Au fond, ce que défend Mathieu Simonet, c’est une vision très personnelle du deuil, loin des cadres rigides. Après les rituels nécessaires, il revendique une forme de liberté, celle de ressentir, d’oublier parfois, de se reconstruire à sa manière.
« La liberté, c’est d’accepter qu’on puisse être malheureux 30 ans plus tard, qu’on puisse oublier au bout de deux mois, qu’on puisse faire des choses un peu folles. »
Il s’inspire des cinq étapes du deuil théorisées par Elisabeth Kübler-Ross, mais invite chacun à s’en affranchir. À la fin du livre, un tableau vierge propose au lecteur de réinventer son propre parcours. L’auteur espère recueillir des centaines de retours pour en tirer une réflexion collective.
La publication n’a pas été sans crainte. Peur des réactions, peur de blesser, peur aussi pour sa vie personnelle.
« Je pensais que ce livre allait sacrifier ma vie », reconnaît-il.
Mais les retours ont été tout autres. L’appel du frère de Benoît, touché par le texte, reste pour lui un moment marquant. Au final, Le Grain de beauté apparaît comme un livre à la fois pudique et ouvert, où l’intime devient partageable, une manière, peut-être, de faire vivre encore celui qui en est au cœur.
« Le Grain de beauté », de Mathieu Simonnet, est disponible en librairie.








