Ces contes ne se contentent pas de reprendre des légendes existantes. « L'idée n'était pas de codifier des récits oraux, mais de créer quelque chose de neuf, de les transfigurer en littérature », précise-t-elle. Chaque histoire est une réinvention, un mélange de souvenirs personnels et d'imaginaire collectif.« J'ai puisé dans mes angoisses et mes fantasmes d'enfance, mais aussi dans les paysages sacrés, comme les lacs interdits de Wallis ou de Mayotte. »

Des thèmes universels : l'eau, le voyage et la résilience

L'eau est omniprésente dans ces contes, symbole de voyage et de métamorphose. « Les populations des îles ont bravé des océans entiers pour s'y installer. En Polynésie, on retrouve les mêmes légendes à Hawaï, à Tahiti ou aux Îles Cook – elles ont voyagé avec les pirogues ! », s'enthousiasme Jennifer. En Guyane, ce sont les fleuves qui deviennent des personnages à part entière, « des artères qui traversent la forêt et portent les histoires. »

Un fil rouge relie ces récits : « Le passage initiatique. Il faut traverser une forêt, une grotte, un océan... On ne sait pas si on en ressortira, mais on sait qu'il le faut. » Ce thème de la résilience est particulièrement présent dans le conte sur la Nouvelle-Calédonie, « une histoire entre la terre et la mer, entre la vie et la mort. »

Une couverture inspirée par l'enfance et l'émotion

La couverture des « Contes d'Outre-mer » est une invitation au voyage à elle seule. « Elle s'inspire d'une aquarelle peinte par mon père en 1983 ou 1984, quand on vivait à Tahiti. C'était la vue depuis notre maison. » Un détail intime qui donne au livre une dimension personnelle et nostalgique. « Quand Grasset m'a proposé d'utiliser cette aquarelle, j'ai été très touchée. C'est un hommage à mon enfance. »

Un processus d'écriture rigoureux et intuitif

Jennifer Richard avoue être « psychorigide » dans son approche de l'écriture. « Je ne commence jamais sans un plan précis, et surtout sans connaître la fin. La fin guide tout le cheminement. » Pour chaque conte, elle attend « l'étincelle » – un personnage, une légende, une émotion – avant de se lancer. « Une fois que j'ai maturé l'histoire, comme celle du Bakou en Guyane, je me mets à écrire. Et là, les éléments – la forêt, la pluie, les odeurs – m'envahissent. »

Son prochain roman, prévu pour mars, se déroulera en Normandie, « un territoire où l'eau et les fantômes sont très présents ». « Il raconte une ville en déclin qui renaît, en parallèle avec une femme en deuil qui se reconstruit grâce à son chien. »

Un message d'unité et de découverte

Pour Jennifer, ces contes sont avant tout un pont entre les cultures. « J'ai envie qu'on se tienne par la main, que les populations de l'Hexagone et des Outremers se sentent liées. On a les mêmes peurs, les mêmes espoirs. » Elle espère que son livre sera lu « par tous, enfants et adultes, car les contes sont universels. Ils parlent à l'humanité entière. »

Jennifer Richard, « Contes d'Outre-mer »
Éditions Grasset, collection La France par ses contes, 208 pages, 19,50 €.