Jean-Marc Galéra : du professeur de maths au comédien, une vocation née dans l'obscurité d'une salle de spectacle

« Comment ces acteurs ont-ils réussi à me faire croire à leur amour, à leur haine, à leur tendresse ? »Le déclic de Jean-Marc Galéra remonte à la classe de troisième, dans une salle de théâtre de Thonon-les-Bains. « J'y ai cru, à chaque instant. Se mentir vrai, comment font-ils ? » Cette fascination pour le jeu l'a suivi, malgré des études de mathématiques et une carrière dans l'enseignement. « Je venais d'un milieu modeste, le théâtre semblait inaccessible. Pourtant, il m'a ouvert un champ des possibles. » En 1983, il quitte l'Éducation nationale pour les planches. « J'ai misé sur les vases communiquants : si j'investissais dans une formation d'acteur l'énergie que je donnais à l'enseignement, quelque chose se passerait. » Il avait raison.

Avec la Compagnie du Loup, fondée à Grenoble en 1992, il explore tous les registres : clown, théâtre de rue, classique. « Ce qui me fascinait, c'était la densité d'une vie racontée en deux heures. » Ses tournées l'emmèneront jusqu'à Madagascar, en passant par l'Europe et le Maghreb. « J'ai joué plus de 4 000 fois, avec 17 participations au Festival d'Avignon. Mais ce qui compte, ce sont les rencontres. »Comme celle avec le metteur en scène Régis Gayrard, qui lui propose un solo sur « Le Horla » de Maupassant. « Une histoire d'amour professionnelle. » Ou encore Jean-Vincent Brisa, qui lui confie les rôles de Don Juan et Tartuffe.« Une chance inouïe pour un autodidacte. »

Saint-Seine, un nouveau chapitre : le théâtre comme émancipation

Installé dans la Nièvre depuis quelques années, Jean-Marc Galéra a troqué les grandes scènes pour un engagement local. « Ici, à 205 habitants, la culture est loin. Il faut aller vers les gens. » Avec « Le Théâtre de l'Accalmie », il monte des spectacles avec des amateurs, comme « Paysans hors contrôle », écrit par un agriculteur à la retraite. « On a joué 54 fois une pièce qui devait en faire dix. Preuve que le théâtre rural a du sens. » Son credo ? « Faire un théâtre qui pense et qui rit, ancré dans le territoire. »

« La culture, c'est essentiel comme le pain ou l'eau, » insiste-t-il. « Sans elle, je ne serais pas là. » Pour lui, l'art doit « éveiller, émanciper, ouvrir des horizons ». « Le danger, c'est la culture de masse, qui privatise tout et ne laisse plus de place à la dentelle, à l'humain. » À Saint-Seine, il organise « Les Petites Flâneries », une balade théâtrale suivie d'un spectacle nocturne. « L'année dernière, on avait 17 amateurs, de 9 à 84 ans. La fierté, c'est cette troupe intergénérationnelle. »

L'Intelligence Artificielle, une menace pour les voix humaines ? « Elle n'a pas d'âme »

Jean-Marc Galéra, c'est aussi une voix. Une voix grave, chaleureuse, qui a doublé des séries, enregistré des livres audio (« Les Misérables » en cours), et prêté son timbre à des documentaires ou des publicités.« Ma voix, c'est mon être. Quand je l'ai perdue à cause d'une bronchite, c'était une catastrophe. » Aujourd'hui, l'intelligence artificielle est une menace sérieuse. « En six mois, on est passé de l'IA ne remplacera jamais l'émotion à des vidéos où Tom Cruise parle français avec sa propre voix. »

« L'IA reste générative, pas créative, » tempère-t-il. « Elle n'a pas la profondeur d'une voix qui a vécu. »Pourtant, la concurrence sera rude. « Pour un film institutionnel, ça peut suffire. Mais pour raconter des histoires humaines, non. » Son espoir ? « Que le public continue à exiger de l'authenticité. »

La culture en danger : « Il faut prendre le temps »

Face aux restrictions budgétaires, Jean-Marc Galéra s'inquiète. « On va vers une culture du pain et des jeux, où seul compte le spectacle clinquant. » Pourtant, il croit en la résistance des artistes. « Ce qui me fait vibrer, c'est la capacité de l'homme à inventer un monde meilleur. » Et de reprendre à son compte la citation de Jacques Chancel : « Il ne faut pas offrir aux gens ce qu'ils aiment, mais ce qu'ils pourraient aimer. »

« Le théâtre, c'est le seul endroit où l'on maîtrise le temps et l'espace, » souligne-t-il. « Sur scène, on est libres. » Une liberté qu'il transmet, avec bienveillance, à ceux qui le rejoignent. « Les amateurs découvrent la magie du partage, la croissance personnelle. C'est ça, la vraie richesse. »

Prochains rendez-vous avec Jean-Marc Galéra et le Théâtre de l'Accalmie

- « Les Petites Flâneries » : balade théâtrale et spectacle le 1er août 2026 à Saint-Seine (Nièvre).
- « Paysan Hors Contrôle : tournées en 2026, avec des dates à Saint-Benin-d'Azy (10 janvier), Beaulon (27 janvier), et d'autres à venir en Nièvre et Bourgogne.

Contacts :
- Site : [théâtre-accalmie.fr](http://théâtre-accalmie.fr) (en cours de mise à jour)
- Facebook : [Théâtre de l'Accalmie](https://www.facebook.com/theatre.accalmie)

« Le spectacle, la vie, la culture, c'est une histoire d'hommes et de femmes, » rappelle Jean-Marc Galéra. « Et l'art ne se réduit pas à des algorithmes. » À Saint-Seine, il continue d'écrire cette histoire, avec passion et conviction.