« Sans liberté, il n'y a pas de cinéma », confie-t-il, évoquant son amour pour les films qui osent, provoquent et émeuvent sans tomber dans le piège de l'idéologie ou du politiquement correct.
Rencontré à Liège, où il préside le jury avec enthousiasme et bienveillance, Gilbert Melki nous parle de son parcours, de ses influences (de la comédie italienne à Paul Thomas Anderson), et de sa vision d'un cinéma qui doit « montrer les gens tels qu'ils sont, sans les juger ». « Le quotidien français est pesant, mais ici, en Belgique, il y a une forme de légèreté, de dérision qui fait du bien », observe-t-il, soulignant l'importance de l'autodérision et du dialogue dans une société en crise.
Un entretien franc, drôle et profond, où l'acteur nous rappelle que le cinéma, avant tout, doit permettre de se sentir vivant.
Un ardent cinéphile : « Le cinéma m'a sauvé »
Gilbert Melki se souvient avec nostalgie de son enfance, où le cinéma était une échappatoire et une école de vie. « Ma mère m'emmenait voir « Cabaret » de Bob Fosse, « Les Dents de la mer », « L'Exorciste »... On n'avait que ça à faire dans les années 70 ! », raconte-t-il avec un sourire. Pour lui, aller au cinéma n'est pas un loisir, mais une nécessité : « Ça me maintient vivant. Quand je sors d'une bonne séance, je me sens régénéré. »
Il évoque avec passion les films qui l'ont marqué : « Les nouvelles vagues, le cinéma italien de Dino Risi ou Mario Monicelli... Ces réalisateurs montraient la société telle qu'elle était, sans jugement. En France, on a perdu cette liberté. » Une liberté qu'il retrouve aujourd'hui dans des œuvres comme celles de Paul Thomas Anderson.
La comédie italienne, un modèle de liberté
Gilbert Melki est fasciné par la comédie italienne des années 60-70, un cinéma qui osait tout, même mettre en scène la pauvreté ou les arnaques sans moralisme. « En Italie, ils montraient les gens tels qu'ils étaient, avec leurs défauts, leurs faiblesses. En France, on a peur de choquer, on s'autocensure », regrette-t-il.
Pour lui, le FIFCL est une bouffée d'oxygène : « Ici, on rit sans complexe. Les Belges ont gardé cette légèreté, cette autodérision qui manque cruellement en France. » Il compare l'ambiance à Liège à celle des tournages italiens : « On se parle, on s'aide, on ne se prend pas la tête. Chez nous, tout est pesant, même les discussions. »
Président du jury du FIFCL : « Un festival qui célèbre la comédie sans barrières »
Gilbert Melki assume son rôle de président du jury avec humilité et enthousiasme. « On est là pour partager, pas pour se prendre la tête. Les débats seront peut-être vifs, mais toujours dans le respect », assure-t-il. Il apprécie particulièrement la diversité des profils dans le jury : « Il y a des jeunes, des Belges, des humoristes... Ça apporte des regards différents. »
Il insiste sur l'importance de ne pas enfermer la comédie dans un genre : « La comédie peut être satirique, érotique, muette... Tout est possible, à condition de rester libre. » Et de citer en exemple « La Vérité si je mens » : « Je n'ai jamais joué ce rôle de manière comique. J'ai essayé d'être sincère. C'est ça, la clé : ne pas forcer, rester vrai. »
Un cinéma engagé, mais pas idéologique
Gilbert Melki défend un cinéma qui dénonce sans juger. « Notre rôle n'est pas de faire de la politique, mais de montrer la société telle qu'elle est. Les politiciens, on les laisse à leur place ! », lance-t-il avec humour. Il déplore le manque de dialogue en France : « Dès que tu critiques la gauche ou la droite, on te classe dans une case. C'est épouvantable. »
À Liège, il a été frappé par la bienveillance des Belges : « Hier, une dame m'a aidé alors que j'étais perdu. En France, on ne se parle plus comme ça. Il y a une chape de plomb sur le quotidien. » Une observation qui le pousse à espérer un cinéma plus humain : « Il faut arrêter de se prendre au sérieux. Le rire, c'est sacré. »
Projets futurs : « Je continue tant que j'ai des choses à dire »
Si Gilbert Melki ne dévoile pas ses projets en détail, il assure qu'il ne compte pas s'arrêter : « Je tourne encore, je fais du théâtre... Tant que j'ai des choses à dire, je continue. » Il évoque avec tendresse ses rencontres avec Catherine Deneuve et Isabelle Huppert : « Des femmes qui aiment le cinéma, qui en parlent avec passion. C'est rare et précieux. »
Son rêve ? « Un cinéma qui ose à nouveau tout » : « Comme les Italiens, comme les Japonais. Sans peur, sans barrières. »
Pour aller plus loin :
- Festival : [FIFCL – Festival International du Film de Comédie de Liège https://www.fifcl.be








