Rencontré à Liège, où il présentait « Chers Parents » au FIFCL en avant-première mondiale, il nous parle de son parcours, de son amour pour la poésie (et ce poème de Victor Hugo, "Un mot", d’une brûlante actualité) et de sa vision d’un cinéma qui doit "faire rire et pleurer, comme la comédie italienne". "Le théâtre m’a sauvé", confie-t-il, évoquant son enfance dans un village où tout était tracé, "sauf la scène". 

Un entretien franc, poétique et profond, à l’image d’un acteur qui continue de surprendre et d’émouvoir. 

"Le théâtre m’a sauvé" : une vocation née d’un coup de foudre

André Dussollier se souvient de son premier choc culturel : à 10 ans, un professeur de français l’emmène voir une pièce de théâtre. "C’était un coup de foudre. J’ai découvert un monde où l’on pouvait dire des choses interdites ailleurs, où les émotions étaient à vif. Ça m’a sauvé de l’ennui."

Issu d’un petit village de 1 000 habitants, il se sent à l’étroit dans une vie "toute tracée". Le théâtre devient sa bouée de sauvetage : "J’ai joué en amateur pendant 13 ans, jusqu’à mes 23 ans, où j’ai osé sauter dans le grand bain à Paris."

Mélo et Alain Resnais : "Un rôle qui m’a tout appris"

Parmi ses rôles marquants, « Mélo » (1986) tient une place spéciale. "C’était une découverte : un personnage riche, entre émotion, séduction et drame. Et puis, il y avait Alain Resnais, un metteur en scène qui m’a accompagné toute ma vie."

Il évoque aussi Fanny Ardant et Sabine Azéma, partenaires de jeu devenues des amies. Resnais aimait les auteurs maudits comme Henri Bernstein. "Ça m’a appris à oser."

La voix, un "instrument vivant"

Sa voix chaude et grave est reconnaissable entre mille. "Elle évolue avec moi, comme un instrument. Au théâtre, il faut se faire entendre jusqu’au dernier rang, mais garder l’intimité du salon."

Il compare la radio au cinéma : "À la radio, l’écran est plus large : on imagine tout. C’est magique." Un médium qu’il chérit, notamment sur RTL, où il raconte l’Histoire avec passion.

Chers Parents : une comédie "sur le fil du drame"

Dans ce film présenté au Festival International du Film de Comédie de Liège (sortie le 25 février 2026), il incarne un père confronté à l’héritage inattendu de sa famille. "C’est une comédie à l’italienne : on rit, mais le drame n’est jamais loin. Comme chez Dino Risi ou Mario Monicelli."

Il salue le travail d’Emmanuel Patron (réalisateur) : "Hier, à Liège, voir le public rire aux mêmes moments que nous, c’était une première magique."

Victor Hugo et la puissance des mots : "Un mot" comme miroir de notre époque

Pour clore l’entretien, il récite "Un mot" de Victor Hugo (1856), un poème d’une actualité saisissante :

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !

Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes

Tout, la haine et le deuil ! Et ne m'objectez pas

Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.

Ecoutez bien ceci : Tête a tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites a l'oreille au plus mystérieux

De vos amis de cœur, ou, si vous l'aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d'une cave a trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu.

Ce mot - que vous croyez qu'on n'a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;

Tenez, il est dehors ! Il connait son chemin ;

II marche, il a deux pieds, un bâton a la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

Au besoin, il prendrait des ailes comme l'aigle !

II vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;

II suit le quai, franchit la place, et cætera,

Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.

II sait le numéro, l'étage : il a la clef,

Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,

Entre, arrive, et, railleur, regardant l'homme en face,

Dit : "Me voila ! Je sors de la bouche d'un tel".

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

 

"Ce texte résume notre époque, où un mot peut détruire ou sauver", commente-t-il, ému.

 

Projets et passions : "Tant qu’il y a des histoires à raconter…"

- Cinéma : Chers Parents (2026) et un tournage en cours avec François Damiens.

- Radio : Ses chroniques sur RTL, où il réveille l’Histoire. 

- Théâtre : Toujours en quête de textes forts, comme ceux de Rimbaud (« Le Dormeur du Val »).

"Je continue tant qu’il y a des rires, des larmes et des mots à partager."