Dominique A et Philippe Katerine, deux vieux amis « tendre et soyeux »
Culture · Par Théo L.V. ·Le mercredi 22 avril 2026 à 13h36 ·mis à jour le 22/04/2026 à 13:36
C'est une rencontre qui s'est imposée d'elle-même. Pour fêter ses 50 ans, le Printemps de Bourges a eu la bonne idée de réunir deux piliers de la chanson française, Dominique A et Philippe Katerine. Deux artistes qui ont grandi dans la même époque, écouté les mêmes disques, et partagé, sans toujours le savoir, une vision similaire de la musique. Ce soir-là, ils montent ensemble sur scène pour un spectacle baptisé Manque-moi moins, une soirée unique, peut-être sans lendemain.
Une invitation, et puis voilà
À l'origine du projet, pas de grand plan ni de cahier des charges.
« Le Printemps de Bourges nous a demandé un spectacle en commun, simplement », résume Dominique A.
Le festival, qui célèbre sa cinquième décennie, voulait quelque chose de symbolique. Les deux artistes, qui y sont venus « pas mal de fois », correspondaient parfaitement à l'idée.
La forme du spectacle, elle, s'est précisée au fil des répétitions. Philippe Katerine a proposé rapidement le concept de « conférence-concert », une première partie mise en scène, plus narrative, qui glisse ensuite vers un vrai concert. Pour les aider à donner corps à tout ça, ils ont fait appel à un vidéaste et ami de longue date, déjà auteur d'un documentaire sur Philippe Katerine.
« C'est un peu le témoin de nos parcours respectifs », dit Dominique A.
L'un chante les chansons de l'autre
Le principe du spectacle est simple et beau, chacun interprète des chansons de l'autre. Dominique A a choisi, entre-autres, Moment Parfait, de Philippe Katerine, qu'il décrit comme « un classique absolu » à la mélodie teintée de chanson française du début du XXe siècle. De son côté, Katerine chantera Le Sens, une chanson de Dominique A sur le doute.
« Je n'arrive toujours pas à trouver le sens en la chantant, mais j'aime énormément la chanter », confie-t-il avec son humour habituel.
Les deux ne sont pas si différents qu'on pourrait le croire.
« On a un fond certainement mélancolique tous les deux », reconnaît Dominique A.
Et surtout, une histoire commune, à leurs débuts, dans les années 90, ils fabriquaient leurs maquettes seuls dans leurs chambres, sans accès aux studios professionnels.
« On véhiculait une vision de la masculinité qui n'était pas commune, dit Dominique A. On était un peu fluets, nos voix aussi. »
Une amitié née en Vendée
Leur première rencontre remonte à un concert en Vendée. Philippe Katerine était prévenu : « Il y en a un qui pourrait beaucoup te plaire.» Ce soir-là, en voyant Dominique A sur scène, « synthé au bout du bras », chantant dans la nuit vendéenne, Katerine dit avoir été « sidéré ».
« Je me sentais moins seul », ajoute-t-il simplement.
Ils se sont même croisés sans le savoir lors d'un tremplin musical à La Roche-sur-Yon. « On est arrivés bons derniers », dit Katerine, amusé. « Avant-derniers pour moi », rectifie Dominique A. « Nous, c'était dernier. » Cette précision dit beaucoup sur eux deux. Depuis, les deux hommes se sont retrouvés régulièrement, notamment à la Cité de la musique pour un concert sur les chansons engagées. Mais une soirée comme celle de Bourges, aussi intime et construite autour de leur amitié, c'est une première.
Deux arbres dans la même forêt
Ce qui frappe, en les écoutant parler, c'est à quel point leur amitié ressemble à leurs chansons, pas de grands effets, mais une profondeur qui s'impose doucement. Katerine, pour décrire Dominique A, parle d'un arbre. « Un arbre qui donne des fruits tous les ans, et sous lequel il est bon de se reposer. » Une image un peu inattendue, suffisamment juste pour qu'on ne cherche pas à la remplacer.
Ce titre qui dit tout
Manque-moi moins, le titre du spectacle vient d'une chanson qu'ils avaient écrite ensemble pour le magazine Les Inrocks , un peu par hasard, « du jour au lendemain ». Dominique A avait fredonnné quelques phrases chez Katerine, lors d'un séjour parisien. Coincés par une deadline, ils avaient finalisé la chanson et enregistré le lendemain. « Elle a continué à vivre sa vie », dit Dominique A. Une chanson sur l'amitié, donc, pour un spectacle sur l'amitié.
D'autres titres avaient été envisagés, plus farfelus comme « Lip et Minic », ou une variation autour des animaux, idée de Philippe Katerine évidement. L'un d'eux, Si tu es là, tout me va, avait même failli être retenu avant d'être abandonné. « Attention à l'emprise », plaisante Katerine.
Une soirée unique, et peut-être plus
Pour des raisons









