La chaîne Game One tire sa révérence, une génération entière prend un coup de vieux
Culture · Par Antoine Lazare ·Le jeudi 11 décembre 2025 à 12h12
Photo : Game One
Game One s’arrête le 31 décembre 2025, et ce n’est pas seulement une chaîne qui disparaît, c’est un morceau entier de la culture geek française qui s’éteint. Quand elle débarque en 1998, la France découvre encore les joies du câble et du satellite, ces bouquets qui promettaient une télévision « du futur ». Installer une parabole, c’était presque faire entrer la science-fiction dans le salon. On zappait sur des dizaines de chaînes spécialisées, chacune dédiée à une passion plus ou moins de niche. Game One glisse dans ce paysage avec une mission simple et révolutionnaire, parler aux joueurs comme si c’était normal de s’intéresser aux jeux vidéo, ce qui à l’époque ne l’était pas encore totalement.
La chaîne devient un refuge pour tous ceux qui grandissent avec une manette dans les mains. Pendant que les magazines papier vivent leur âge d’or et qu’internet rame encore en 56k, Game One apporte des visages, des voix, une communauté. On ne consomme pas le jeu vidéo, on l’habite. La chaîne fait entrer le gaming à la télé comme si c’était la chose la plus évidente du monde.
Une nostalgie qui colle à la peau
Pour énormément de Français, Game One n’est pas qu’une chaîne, c’est un souvenir sensoriel. Un bruit de fond familier après les cours, une lumière bleue dans une chambre d’ado, un animateur un peu décalé qui teste un jeu dont on attend la sortie comme si c’était Noël avant l’heure. Elle devient un rituel, un compagnon discret, une porte ouverte sur un monde qui échappe encore au regard des adultes.
On se souvient d’un temps où découvrir un jeu ne signifiait pas taper son nom dans YouTube mais attendre une émission qui passait à heure fixe. On se souvient d’une époque où regarder quelqu’un jouer relevait de l’exception, pas de la norme. Game One avait la lourde tâche et la grande fierté de faire exister le jeu vidéo dans un média qui, jusque là, le regardait de loin, parfois avec méfiance.
Un paradoxe cruel, Game One disparaît au moment où la vidéo gaming explose
La vraie ironie, presque cruelle, c’est que Game One disparaît alors que les contenus vidéos liés au jeu vidéo n’ont jamais été aussi omniprésents. Twitch fait des marées humaines en direct tous les soirs, YouTube Gaming aligne des milliards d’heures vues et même les marques les plus poussiéreuses ont compris qu’un streamer vaut parfois plus qu’une campagne TV classique.
Ce que Game One représentait à sa naissance, une fenêtre rare sur un média en pleine mutation, est maintenant éclaté en millions de flux et de créateurs. Le gaming n’a jamais été aussi visible mais il ne passe plus par la télé. La culture qui a fait naître Game One a migré ailleurs, plus vite et plus librement, vers un internet où les horaires n’existent plus et où la communauté décide elle-même de ce qu’elle regarde.
La télévision linéaire, même ultra spécialisée, ne peut plus rivaliser avec la vitesse et la souplesse du streaming. Game One perd sa place non parce que le gaming intéresse moins, mais parce qu’il intéresse tellement qu’il a débordé des cadres traditionnels.
Un adieu qui ressemble à un réveil brutal
Lorsque l’écran deviendra noir le 31 décembre, il n’y aura pas seulement de la tristesse mais aussi une forme de prise de conscience. Game One a été un des premiers espaces où la culture geek s’est sentie légitime, un des rares endroits où les joueurs n’étaient pas considérés comme des extraterrestres. Sa disparition rappelle que le futur qu’elle annonçait autrefois a simplement changé de plateforme.
Game One laisse un héritage immense, celui d’avoir accompagné des générations de passionnés et d’avoir ouvert une brèche à une époque où tout restait à construire. Si la chaîne disparaît, l’importance qu’elle a eue ne s’efface pas. Elle reste imprimée dans la mémoire de tous ceux qui ont grandi avec elle, un rappel tendre et un peu douloureux qu’une époque entière vient de s’éteindre, et qu’on ne l’avait pas vue passer.









