Un personnage né d’un fait divers

Tout commence par une histoire vraie ou presque. Gérard Jugnot s’est inspiré librement du cas de cet homme ordinaire pris pour le fugitif Xavier Dupont de Ligonnès, happé sans raison dans un tourbillon médiatico-policier. « Il est tombé dans un traquenard, on ne sait pas pourquoi il ne ressemblait pas du tout à ce type. Et très vite, on l’a balancé comme une vieille chaussette. »
C’est ce qui lui arrive ensuite qui a retenu l’attention du cinéaste. Pas tant le thriller — qui, dit-il, « dure une demi-heure » que les dégâts collatéraux, les conséquences invisibles sur une vie ordinaire fracassée par l’emballement médiatique.

Tordre le drame pour en faire de la comédie

La marque de fabrique de Gérard Jugnot, c’est précisément cette alchimie : prendre un sujet grave, l’habiter de l’intérieur, et le peaufiner jusqu’à ce que le rire affleure sans effacer l’émotion. « Le drame c’est le berceau de la comédie. La comédie a été inventée pour dépasser le drame. »
Une conviction héritée de la grande comédie italienne celle des films de Dino Risi, des Nouveaux Monstres, de Parfum de femme qu’il cite avec une passion communicative. « Il n’y a pas de rire sans drame. Mais on peut faire un drame et s’en éloigner. Moi j’aime quand ça affleure quand on est vraiment pas loin. »

Un plateau de fête

Pour incarner ce petit homme emporté par la tempête, Jugnot s’est entouré d’un plateau de haute volée Thierry Lhermitte, Zabou, Michel Laroque, mais aussi Jean-Pierre Darroussin, « un acteur magnifique » qu’il découvrait pour la première fois. « J’étais comme un petit garçon qui invite ses copains à un goûter. »
Le tournage, dans le sud de la France, fut selon lui une expérience régénératrice. « Les planètes étaient alignées. Ça s’est fait vraiment dans le bonheur. »

Paris n’est pas la France

Présent à Meyzieu dans le cadre d’une tournée volontairement tournée vers les villes moyennes, Gérard Jugnot revendique haut et fort ce choix. « Paris représente vraiment très peu de choses dans le ratio des fréquentations. Quand vous allez à Rodez, à Bourg-en-Bresse, à Royan — les équipes n’y passent pas toujours, et les gens vous font ce cadeau de leur enthousiasme. »
Un lien au public qu’il entretient avec une attention presque anxieuse, guettant les rires dans la salle depuis les rangs du fond. « Au café-théâtre, quand il n’y avait plus personne, on arrêtait. Ça m’a appris à ne jamais perdre de vue ceux pour qui on travaille. »

L’enfant dans les yeux

Cinquante ans après ses premiers films en super-8 « assez naze », comme il dit avec autodérision, Gérard Jugnot reconnaît encore l’enfant qu’il était dans l’émerveillement qui l’anime. « C’est quand même formidable d’être là encore, d’intéresser encore les gens. Je passe une retraite très active et ça me rend très heureux. »

Mauvaise Pioche, réalisé et interprété par Gérard Jugnot, avec Thierry Lhermitte, Zabou Breitman, Michel Laroque, Jean-Pierre Darroussin et Charlotte Gabris. Sortie nationale le 1er avril 2026.