J’ai lu "Clamser à Tataouine" avec ma mère
Culture · Par Théo L.V. ·Le dimanche 25 mai 2025 à 10h34
Photo The Vox
Avec "Clamser à Tataouine" (éditions Flammarion), Raphaël Quenard signe un premier roman au style féroce, brut, et volontairement provocateur. On y suit un narrateur brisé, recalé par la vie, qui, après une tentative de suicide ratée, entreprend une série de meurtres exclusivement féminins. Une réussite littéraire, peut-être. Une lecture tranquille, sûrement pas.
Quand j’ai refermé "Clamser à Tataouine", j’avais le cerveau en vrac. Une claque littéraire, une sorte de feu d’artifice verbal, drôle et trash. J’ai tendu le livre à ma mère, curieux de savoir ce qu’elle en penserait. Elle l’a lu, presque d’une traite. Son bilan, un mélange d’incompréhension et de trouble.
Ce livre, c’est un cri. Une langue qui jaillit, comme une détonation, fasciné par la façon dont Raphaël Quenard manie les mots. Il écrit comme il parle, ce dialecte qui fait de lui un acteur déjà à part apporte à son écriture un vrai style.
Il y a quelque chose de viscéral, d’authentique, de terriblement vivant. Mais là où moi je voyais un homme usé par la vie et détruit intérieurement, ma mère y voyait-elle trop de noirceur, et surtout, trop de femmes sacrifiées. C’est vrai que dans ce monde qu’il décrit, la femme est souvent en arrière-plan, spectatrice ou victime. Ma mère, elle, en a eu marre de voir ces corps féminins encore une fois réduits à des cicatrices, des silences et des blessures.
Ce n’est pas un roman qui cherche à plaire avec une belle morale, c’est un manifeste, une chronique de la survie. Et survivre, parfois, ça ne se fait pas proprement. En lisant ce livre, ont peut vite avoir des images de snuff movies, des films qui mettent en scène des meurtres réel. Après, très vite dans l’ouvrage le ton est donné : « Je suis tout sauf un exemple à suivre. »
Mais je comprends ce qu’elle veut dire. Peut-être qu’on ne lit pas ce livre de la même façon selon qu’on a vingt-cinq ou cinquante ans. Selon qu’on est une mère ou un fils. Là où je voyais un miroir de rage, elle y voyait un écho d’un monde trop violent pour qu’on le prenne comme un simple décor.
Et pourtant, on s’est retrouvé quelque part entre nos désaccords. Le style d’écriture qui donne un rythme soutenu et une cadence presque sportive, des scènes qui dérangent, de ce qu’on accepte ou non dans une œuvre qui « bouscule ».
"Clamser à Tataouine", au fond, c’est peut-être ça, un livre qu’on ne lit pas dans le silence. Un livre qui te provoque, qui divise, qui fait naître des dialogues inattendus entre générations, entre sensibilités. Il ne laisse pas tranquille. Il fait parler, grincer, réfléchir. Et c’est déjà beaucoup.









