Rencontré au Festival International du Film de Comédie de Liège (FIFCL), où il a retrouvé son partenaire du « Grand Bleu », Jean Reno, il nous livre un témoignage profond, sincère et sans concession sur son parcours, ses combats, et sa vision d’un cinéma qui résiste. "On n’est rien, et c’est pour ça qu’on est tout", confie-t-il, résumant une carrière guidée par la passion, la révolte et la quête de liberté.
« Le Grand Bleu » : un rôle qui a tout changé… et qu’il a su dépasser
Jean-Marc Barr se souvient encore de l’euphorie et du vertige qui ont suivi le tournage du « Grand Bleu ». "J’étais un acteur très vert. Un succès pareil, c’est difficile à assimiler", avoue-t-il. Le film, culte aujourd’hui, ne fut pourtant pas un triomphe immédiat aux États-Unis ou en Angleterre, où il vivait alors. "Ça m’a permis de garder les pieds sur terre. Et surtout, ça m’a donné la liberté de choisir mes rôles ensuite."
Pour lui, ce rôle fut à la fois une bénédiction et un piège. "Être labellisé l’acteur du «Grand Bleu », c’est lourd. Mais Luc Besson m’a offert une chose inestimable : le choix. J’ai pu explorer des chemins plus subversifs, plus personnels." Une quête qui l’a mené vers des réalisateurs comme Lars von Trier (« Breaking the Waves », « Dancer in the Dark ») ou Jim Jarmusch, avec qui il a tourné « Coffee and Cigarettes ».
« Avec Lars, j’ai appris à casser les codes » se souvient-il. « Un jour, il a dit au chef opérateur : Non, tu ne mets pas la caméra sur un trépied, tu la portes à l’épaule et tu suis ton cœur. Le type était scandalisé ! Mais c’est ça, le cinéma : oser, même si ça dérange ».
Retrouvailles avec Jean Reno : "On était jeunes, beaux et indomptables"
Au FIFCL, Jean-Marc Barr a retrouvé Jean Reno, son partenaire dans « Le Grand Bleu ». Une émotion palpable, trente ans après le tournage. "On se voit peu, lui aux États-Unis, moi en Europe. Mais hier soir, sur la scène de Liège, c’était comme si le temps n’avait pas passé… et pourtant", confie-t-il avec un sourire nostalgique.
"On était jeunes, beaux, indomptables. Aujourd’hui, on est face à la même réalité : le temps qui passe. Mais ce qui reste, c’est l’alchimie entre nous, et cette folie qu’on a partagée pendant neuf mois de tournage. Luc Besson nous a offerts des images qui ont marqué des générations. Ça, personne ne peut nous l’enlever."
Pour Jean-Marc, ces retrouvailles sont aussi l’occasion de célébrer un cinéma qui n’existe plus. « À l’époque, on avait le temps. Aujourd’hui, tout est industriel. Même l’émotion est calculée. Alors oui, voir Jean et revivre ces souvenirs, c’est une respiration ».
Un cinéma en danger : "L’industrie a pris le dessus"
Jean-Marc Barr ne mâche pas ses mots quand il parle de l’état actuel du cinéma. "On est dans une époque où la liberté d’expression est menacée, pas par la censure, mais par l’uniformisation. Les studios veulent des films formatés, sans risque. Mais le cinéma, c’est l’aventure ! C’est « Breaking the Waves », c’est « Dogville », c’est des tournages où on ose, où on se trompe, où on vit."
Il évoque avec amertume la difficulté de financer des projets audacieux aujourd’hui. "J’ai un fils de 10 ans. Je me demande quel cinéma il va connaître. Celui que j’ai aimé, avec ses imperfections, ses folies, ses questions métaphysiques ? Ou un produit lissé, sans âme ?"
Pourtant, il garde espoir. "Il y a encore des réalisateurs qui résistent. Hier, j’ai vu un film islandais, « Godland » de Hlynur Pálmason. Ça m’a saisi aux tripes. Ça prouve que le cinéma peut encore nous surprendre, nous bouleverser."
Projets futurs : "Je prépare un Hamlet avec quatre acteurs"
Malgré un ralentissement des tournages ces dernières années, Jean-Marc Barr n’a pas dit son dernier mot. "Je prépare un film avec quatre acteurs. Une sorte d'Hamlet cinématographique !", lance-t-il avec humour. "C’est difficile de trouver des financements, mais je continue. Parce que le cinéma, c’est ma raison de vivre."
Il évoque aussi une scène tournée récemment avec Johnny Depp, "une expérience rare et intense". "Travailler avec lui, c’est rappeler pourquoi on aime ce métier : pour ces moments de grâce, où tout devient possible."
Un credo "Soyez sincères avec vous-mêmes"
Interrogé sur le message qu’il aimerait faire passer, Jean-Marc Barr répond sans hésiter : "La sincérité. C’est la chose la plus difficile au monde. Aujourd’hui, tout est faux : les réseaux sociaux, les discours politiques, même une partie du cinéma. Mais quand tu es face à un public, face à une caméra, tu ne peux pas tricher. Sinon, ça se voit."
Et d’ajouter, avec une pointe de philosophie shakespearienne : "On n’est rien. Et c’est pour ça qu’on est tout. Le cinéma, c’est ça : une illusion qui nous permet de toucher du doigt l’éternel".
Le FIFCL, un festival qui célèbre le cinéma vivant
Rencontrer Jean-Marc Barr au FIFCL, c’est rappeler que le cinéma est avant tout une aventure humaine. Un festival comme celui de Liège, où les stars côtoient le public, où les rires se mêlent aux émotions, est une bouffée d'oxygène dans un paysage culturel de plus en plus standardisé.
Pour suivre l’actualité du FIFCL et découvrir la programmation complète, rendez-vous sur www.fifcl.be








