Dans ce titre d’ouverture, Orelsan plante d’emblée le décor :
« Il n’y a plus de demi-mesure, tu es un génie ou tu es nul. On te donne des convictions que t’as jamais eues, et si tu n’agis pas comme ils imaginent, ils sont déçus. »
Un constat amer, mais familier pour l’artiste originaire de Caen, habitué aux introspections brutales et aux remises en question.

L’auto-critique, la lucidité et la culpabilité sont depuis longtemps des armes dans son écriture. Cette fois, Orelsan pousse le concept plus loin encore en inventant une « Petite Voix », sorte d’alter ego intérieur. Dans Yoroï, il convoque même SAMA, son double maléfique, déjà présent dans le film japonisant du même nom. Coécrit et interprété par Orelsan lui-même, ce long-métrage montre un artiste en pleine crise, actuellement en salles mais accueilli froidement par le public.

Le disque retrouve par endroits l’atmosphère sombre de Suicide Social, morceau culte de Le Chant des Sirènes (2011), où le rappeur atteignait un sommet de misanthropie. Brouiller les pistes est d’ailleurs une constante chez lui. Il le confiait récemment, lors de la promo de son film :
« J’utilise le Orelsan de la vraie vie et j’en fais de la fiction. Ou j’utilise juste le cadre d’un mec célèbre. On prend quelque chose qui vient de nous, on le maîtrise, et on pousse le curseur au maximum pour en faire une histoire divertissante. »

S’il aime forcer le trait, Orelsan se montre en revanche beaucoup plus pudique lorsqu’il évoque pour la première fois son fils de deux ans :
« C’est le plus beau film que j’ai vu et c’est le début de l’histoire. »

Comme toujours, l’artiste explore ses thèmes fétiches : la célébrité, les excès, les tentations, la sobriété retrouvée et les amitiés qui se distendent. Le tout est façonné par Skread, son producteur historique. Annoncé seulement dix jours plus tôt sur les réseaux sociaux, sans single préalable, l’album accueille plusieurs invités : Yamê, SDM, le groupe de K-pop Fifty-Fifty et, surtout, Thomas Bangalter. Une collaboration longtemps rêvée avec l’une des moitiés de Daft Punk.

En définitive, Orelsan confirme ici que le rap reste son terrain de jeu le plus naturel : parfois excessif, souvent touchant, toujours sincère, aussi bien dans sa réussite immense que dans ses fragilités.