Piche avance sans raccourci. Son parcours, elle le raconte sans emphase : du temps, de l’énergie, des galères, beaucoup de galères, mais aussi cette conviction tenace que ça en valait la peine. « En vrai, ça valait le coup. Regarde, t’as réalisé tes rêves », dit-elle aujourd’hui avec lucidité, plus qu’avec triomphalisme.

Originaire du sud de la France, Piche revendique une identité artistique profondément ancrée dans le territoire. Pas question pour elle de se rêver en pop star formatée. « Je ne suis pas une Américaine, je suis une Française. Moi, ce que je veux, c’est du pâté, mais je veux que mon pâté brille. » Une phrase devenue manifeste : transformer le familier en magique, sublimer le quotidien par le drag, la musique et la scène.

Dans son univers, il y a « à boire et à manger ». Du rap pour créer un point d’accroche, du drag pour ouvrir les imaginaires, des références multiples pour que chacun puisse s’y retrouver. « Quels que soient tes goûts, tu t’y retrouves normalement un petit peu », explique-t-elle. Une manière de rassembler, y compris des publics peu familiers de la culture queer, sans jamais lisser le propos.

Car la musique de Piche est aussi politique, au sens noble du terme. Elle parle de liberté, de tolérance, de représentation, souvent là où on ne l’attend pas. « C’est à ça aussi que sert ma musique : aller dans des ruralités où il y a un peu moins de gens comme moi. » Créer des ponts, provoquer des rencontres, sans renoncer à l’exigence artistique.

Malgré un contexte médiatique souvent anxiogène, Piche revendique un optimisme lucide. « Les médias nous poussent à voir les choses avec beaucoup de pessimisme, mais quand on regarde la proximité avec les gens, j’ai l’impression que ça va mieux. » Une majorité silencieuse, selon elle, existe bel et bien, même si elle fait moins de bruit que les discours violents.

Avec son premier album, Piche revient à l’essentiel : son histoire, ses racines, et ce que signifie être une personnalité queer venue du “terroir” avec des rêves de grandeur. Une trajectoire qu’elle assume pleinement, portée par une phrase qu’elle garde comme boussole : « Je préfère être détestée pour ce que je suis qu’aimée pour ce que je ne suis pas. » Quitte à prendre plus de temps. Quitte à avancer autrement. Mais toujours à sa manière.

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