Du rêve au domaine

Ce n’est pas un vigneron “classique” que l’on trouve ici. Jérôme, le maître des lieux, est belge. Un accent doux au service d’une passion bien enracinée. “Depuis que je suis jeune, je viens en vacances en Bourgogne. C’était un coup de cœur”, confie-t-il avec un sourire. Et le coup de cœur s’est transformé en engagement à vie.

Avant le vin, Jérôme organisait des colonies de vacances dans le Morvan. Puis vint la maison de vacances puis un château. “On a acheté le château de Planchevienne à Magny-Cours. Mon rêve, c'était d’y planter des vignes. Mais le sol ne s’y prêtait pas.”

Qu’à cela ne tienne. Sur les conseils du maire d’un petit village voisin, Livry, il découvre un vignoble à vendre. Et c’est le coup de foudre. “Quand je suis arrivé ici, avec ma femme et mes enfants, j’ai su. C’était ici.” Le Domaine du Bois Bourbon venait de renaître.

Une histoire de rois et de raisins

Car ce domaine n’est pas né d’hier. Ses racines remontent à Anne de Beaujeu, régente de France au XVe siècle. Les vignes d’ici étaient autrefois les vignes privées du roi Louis XIV. “Il a marché sur ces terres !” s’enthousiasme Jérôme. Aujourd’hui, il reste les mêmes coteaux, les mêmes terres argilo-calcaires, et une mémoire vivante dans chaque cépages.

Il y avait jadis 600 hectares de vignes dans le secteur. Aujourd’hui, seuls deux vignerons y maintiennent la tradition. Jérôme et son associé y cultivent 14 hectares.

Vendanges à l’ancienne, vinification moderne

Chaque automne, le Domaine vit au rythme des vendanges. À la main ou à la machine, selon les parcelles. Mais pour le blanc et une partie du rouge, la tradition prime, vendanges manuelles, ambiance bon enfant et bénévoles. “On travaille dur, mais le soir on fête ça. C’est une ambiance unique.”

Le raisin, ensuite, suit un chemin bien huilé, tri manuel, pressurage, fermentation, élevage en cuve ou en fût. Le chardonnay, par exemple, se partage entre inox et bois pour un équilibre tout en finesse. “Il faut goûter, assembler, ajuster. Chaque millésime est une surprise.”

Un vin de Loire au cœur de la Bourgogne

Particularité du domaine, son vin est classé en IGP Val de Loire. Une subtilité administrative qui n’empêche pas la liberté. “On est planté comme en Bourgogne, en rangs serrés. Mais l’IGP nous laisse de la souplesse.” Et demain ? Un IGP “Vin du Val d’Allier” ? “Ce serait beau, mais il nous faudrait plus de vignerons dans le coin”, admet Jérôme.

De la cave au monde

Le vin du Domaine du Bois Bourbon s’exporte déjà, surtout en Belgique et aux Pays-Bas. “Je suis belge, donc c’est plus simple”, sourit-il. “J’ai rendez-vous à Paris avec des acheteurs américains, chinois, japonais.” L’ambition est là. Le vin français plaît, il faut juste “sortir de la cave”.

Et justement, ici, on ne s’enferme pas. On accueille les visiteurs, on organise des dégustations, on fait découvrir les vignes et les caves avec la même chaleur, qu’on soit deux ou vingt. “C’est ça, l’œnotourisme. Partager.”

À Livry, entre Loire et Bourgogne, le Domaine du Bois Bourbon incarne une renaissance tranquille, authentique, portée par une passion sincère. 

C’est au détour d’une dégustation, qu’on comprend vite pourquoi le roi Soleil avait choisi ces terres.