Pour en parler, William Robin, directeur de l'association Sceni Qua Non, qui orchestre avec passion cette 20e édition. Rencontre dans la cour du vieux Château de Moulins-Engilbert avec un homme pour qui le cinéma documentaire n'est pas qu'un simple miroir, mais un pont entre les territoires et les consciences.

Le documentaire, un art à part entière

« On considère que le documentaire, c'est du cinéma exactement comme le reste. » William Robin ne mâche pas ses mots. Pour lui, le Mois du Doc n'est pas une simple programmation de films, mais une célébration d'un genre cinématographique trop souvent relégué au second plan. « On en fait toute l'année, et on le célèbre tout le mois de novembre en proposant une sélection intense, avec des œuvres qu'on n'a pas toujours l'occasion de montrer. »

Cette année, la thématique « Métamorphoses » traverse la sélection. « On le prend dans son sens le plus large possible, socialement et politiquement, explique William Robin. Les films retenus questionnent les évolutions de la société, ses transformations, ses ruptures et ses espoirs. » Un choix qui reflète l'engagement de Sceni Qua Non : « On aime montrer des documentaires qui parlent du monde tel qu'il est, avec ses contradictions et ses combats. »

Un ancrage territorial fort

L'une des forces du Mois du Doc ? Son ancrage dans les territoires. « On a cinq salles de cinéma sur tout le département, ainsi qu'un circuit itinérant, précise William Robin. Il nous tenait à cœur d'avoir des événements partout, pour que la totalité des Nivernais puisse en profiter. » Chaque projection est unique, invitant le public à voyager d'une salle à l'autre pour découvrir l'intégralité de la programmation.

Parmi les temps forts, « My Stolen Planet » de Farahnaz Sharifi, un documentaire poignant sur l'exil des femmes iraniennes, sera projeté dans trois salles différentes. « C'est un film qui résonne avec l'actualité, tout comme « Kanaky-Nouvelle-Calédonie », qui aborde la question de l'autodétermination, souligne William Robin. Ces œuvres montrent que le documentaire peut être un acte militant, tout en restant une création artistique. »

Le documentaire, rempart contre l'oubli

« Le documentaire a cette force d'aller chercher des images qui sont l'histoire, une mémoire vivante et solide. » Pour William Robin, des films comme « A Pas Aveugles » de Christophe Cognet ou « Alliés & Saône-et-Loire, la ligne de démarcation » de Thierry Martin-Douyat sont essentiels. « Ils font parler l'Histoire, et on l'espère, de manière plus documentée et plus précise que la fiction. »

La présence des réalisateurs ou des spécialistes lors des projections est une autre marque de fabrique du Mois du Doc. « La salle de cinéma, c'est un lieu de vie, un lieu de partage, insiste William Robin. On pense que c'est l'un des derniers endroits où l'on peut échanger librement autour d'un sujet. » Un dialogue qui transcende les écrans et crée du lien.

Trois coups de cœur à ne pas manquer

1.« My Stolen Planet » de Farahnaz Sharifi et « Paris-Téhéran » de Daniel Bahrami : « Un diptyque puissant sur l'exil et la mémoire, avec des archives qui deviennent une œuvre poétique. »
2.« We Blew It » de Jean-Baptiste Thoret : « Un road movie documentaire sur l'Amérique de Trump, qui interroge la mort des utopies des années 60-70. »
3.« Dani, Michi, Renato et Max » de Richard Dindo : « Un hommage au cinéaste suisse, qui aborde la répression policière à Zurich dans les années 80. Un film rare et nécessaire. »

L'avenir du Mois du Doc : élargir les horizons

« Ce qu'il faudrait, c'est que le Mois du Doc s'élargisse encore, que les gens prennent le goût de venir voir des documentaires, explique William Robin. L'enjeu, c'est de faire en sorte que ce cinéma arrive là où il n'est pas aujourd'hui. » À l'ère des réseaux sociaux et de l'info en continu, le documentaire offre une alternative précieuse. « Il ne s'agit pas de délivrer des messages tout faits, mais de questionner, de créer une œuvre qui fait dialoguer les éléments documentaires, précise-t-il. C'est un engagement profond, bien différent du flux d'images des réseaux. »

Pour William Robin, le Mois du Doc est bien plus qu'un festival : « C'est une alchimie rare entre des films qui questionnent, des lieux qui accueillent, et des spectateurs qui s'émouvent. » Une aventure collective à vivre du 1er au 30 novembre dans toute la Nièvre.

Infos pratiques :
Du 1er au 30 novembre 2025
La Charité-sur-Loire, Luzy, Ouroux-en-Morvan, Saint-Honoré-les-Bains, Saint-Pierre-le-Moûtier
Programmation complète et réservations : www.moisdu-doc.com