10 000 euros à chaque jeune de 18 ans pour sauver les retraites ?!
Un économiste a sorti une idée qui va faire causer. Hippolyte d'Albis, de Londres, démographe, professeur à l'ESSEC, la business school de Cergy-Pontoise, et vice-président du Cercle des économistes a une proposition pour régler le casse-tête des retraites. Et c'est pas vraiment ce à quoi on s'attendait.
Késako ?
Son truc c'est de donner 10 000 euros à chaque jeune dès ses 18 ans. Un chèque. Pour tout le monde. Sans condition. L'idée, c'est de rééquilibrer les transferts entre générations parce que selon lui, on passe notre temps à opposer vieux et jeunes alors qu'on ferait mieux de renforcer les liens entre eux.
Sauf que voilà. L'argent tombe pas du ciel. Et Hippolyte d'Albis a une contrepartie qui risque de faire un peu moins rêver, rendre l'université beaucoup plus chère. Aujourd'hui, une année de fac coûte à peine quelques centaines d'euros à l'étudiant alors que le coût réel tourne autour de 10 000 euros par an, pris en charge à l'essentiel par l'État. L'idée serait donc de faire payer davantage ceux qui en profitent, pour financer la dotation universelle à 18 ans.
La guerre des générations, c'est du flan
Pour comprendre d'où sort cette idée, il faut remonter à la thèse centrale d'Hippolyte d'Albis, celle qui irrigue tout son travail depuis des années et qu'il a formalisée dans son livre Économie des âges de la vie sorti en mars 2026. En gros, arrêtez de vous raconter que les vieux piquent l'argent des jeunes. C'est faux, c'est réducteur et ça empêche de voir les vrais problèmes.
Les données qu'il a compilées avec ses collègues sur les transferts intergénérationnels en France sont assez claires là-dessus. En 1979, l'État finançait 35 % de la consommation des moins de 25 ans. En 2019, c'était 48 %. La famille, de son côté, est passée de 32 % à 44 %. Traduction, les jeunes sont de plus en plus pris en charge, pas de moins en moins. L'idée d'une génération sacrifiée est non seulement infondée mais elle masque la richesse des relations entre les générations en n'en mettant en avant qu'une dialectique du conflit.
Du côté des retraités, c'est l'inverse. La part du financement public de leur consommation est passée de 70 % en 1979 à 56 % en 2019. Les personnes âgées reposent de plus en plus sur leurs ressources propres. Si les retraités pèsent lourd sur les comptes de la protection sociale, c'est pas parce qu'ils ont tiré la couverture à eux, c'est juste parce qu'ils sont nombreux et que leur poids démographique tend à s'accroître depuis le milieu des années 2000.
Alors, les retraites, on fait quoi ?
C'est là que ça se complique. Parce que même si la guerre des générations est un mythe, le problème du financement des retraites, lui, est bien réel. La France vieillit, il y a de moins en moins d'actifs pour un retraité, et les projections donnent le tournis. La réforme de 2023 a repoussé l'âge légal à 64 ans dans la douleur et ça n'a pas vraiment réglé le fond du problème.
Hippolyte D'Albis ne croit pas aux solutions magiques. Il l'a écrit noir sur blanc en février 2025 dans Les Échos, il faut "refuser les solutions magiques et faire un choix difficile". Les options sur la table, tout le monde les connaît, cotiser plus longtemps, cotiser plus, ou toucher des pensions plus faibles. Aucune n'est sexy. Et pourtant, quelque part entre ces cases, il cherche une troisième voie.
C'est là qu'arrive la proposition des 10 000 euros. L'idée n'est pas juste de faire un cadeau aux jeunes, c'est pas le Biddil. C'est de repenser complètement la façon dont l'État redistribue l'argent entre les âges de la vie. Plutôt que de concentrer les dépenses publiques sur la fin de vie, retraites, santé des seniors, on injecte du capital en début de parcours, pour que chaque génération parte avec une mise de départ. Et pour financer ça, on réduit la subvention publique à l'enseignement supérieur, en demandant aux étudiants de payer davantage le coût réel de leurs études.
Le problème avec ce calcul
Sur le papier, la logique tient. Dans la vraie vie, c'est plus tordu. Le gamin qui sort d'un lycée pro en zone rurale et qui a pas de projet d'études, il prend ses 10 000 euros et il en fait quoi exactement ? Et l'étudiant en médecine qui doit se taper dix ans de fac, il les sort d'où, les dizaines de milliers d'euros de frais de scolarité ?
Le risque, c'est que la réforme favorise ceux qui savent déjà quoi faire de l'argent en général, ceux qui ont grandi dans des familles qui savent naviguer dans le système. Et qu'elle pénalise les études longues, précisément celles qui mènent aux métiers dont on a le plus besoin.
La vraie question que pose d'Albis n'est pas "comment payer les retraites de demain ?" mais "comment on décide, collectivement, ce qu'on finance à quel moment de la vie ?". C'est une question philosophique autant qu'économique. Et pour l'instant, la réponse ressemble encore à un problème de maths sans solution.








