Festival des Idées : la gauche en quête d'espoir
Société · Antoine Lazare ·Le ·
Photo : Emilien Court
C'est désormais un rendez-vous bien connu de la gauche qui s'est tenu à La Charité-sur-Loire ce week-end : le Festival des Idées proposait sa sixième édition. A dix mois des élections présidentielles, cette nouvelle saison était placée sous le thème « Essayons l'espoir ». Un espoir qui semble s'éloigner dès qu'on l'approche tant les intentions de candidatures fleurissent et les logiques d'appareils gouvernent encore, dans cet espace politique coincé entre le bloc central et la France Insoumise.
Ce ne sont pourtant pas les enjeux qui manquent, à l'approche d'une élection présidentielle décisive pour l'avenir du pays : montée des autoritarismes et des tensions géopolitiques, crise écologique, intelligence artificielle et souveraineté numérique. En France, chez les intervenants comme dans le public, le sentiment de déclinisme est bien palpable. Après neuf ans de « macronisme », l'ambiance est à la gueule de bois. Les symptômes ? Un système de santé plus que jamais fragilisé, une école publique en berne et une institution judiciaire dont on feint de découvrir l'incapacité à remplir sa mission. La situation budgétaire de la France, ensuite, dont la dette publique vient de dépasser les 3500 milliards, ne laisse que peu de marges de manœuvre aux programmes ambitieux. Un terrain qui devient le ferment des extrêmes, à droite en premier lieu alors que le Rassemblement National caracole en tête des sondages. L'époque est à la multiplication des crises et à une aspiration de radicalité. Sur le bilan d'Emmanuel Macron et l'état des lieux du pays, tout le monde au Festival des Idées s'accorde.
Villepin en éclaireur
Un Festival des Idées qui montre les prémices d'un dialogue avec la droite républicaine. La scène se joue dans les allées du festival, au hasard d'une déambulation : Dominique de Villepin tombe nez à nez avec Raphaël Glucksmann. « Il faut qu'on se rencontre », lui lance l'ancien premier ministre, avant d'ajouter, dans un sourire : « là ou ailleurs, le pays est grand, y'a plein de possibilités ». Une réplique presque anodine, mais qui résume à elle seule le pari de sa présence à La Charité-sur-Loire.
Car Dominique de Villepin, candidat putatif à l'élection présidentielle, était aussi l'invité inattendu d'un débat autour de la question « de quoi souffre (vraiment) la France ? » L'occasion pour lui de dresser un constat sévère : « Les Français en ont assez, et les Français aujourd'hui donnent la priorité au dégagisme », a-t-il lancé, avant d'ajouter aussitôt que « le dégagisme, ça n'a jamais sauvé un pays ». Une manière de renvoyer dos à dos La France Insoumise et le Rassemblement National, dont il explique la percée électorale par une même cause : l'exaspération d'une partie des Français face à la dégradation des services publics et à l'impuissance de l'État.
L'appel au sursaut
Sans détailler de programme précis, Dominique de Villepin a plaidé pour un sursaut collectif, invoquant à deux reprises la figure du général de Gaulle comme seule référence historique, selon lui, d'un authentique redressement national. « Il n'y a pas eu d'autre exemple de redressement français qui ait véritablement permis à notre pays de repartir dans une perspective plus optimiste », a-t-il affirmé, s'inscrivant en creux dans cette filiation. Un projet de rassemblement qu'il oppose explicitement à « l'esprit de la surenchère » et aux « calculs » de « compromissions ».
Reste que le paradoxe n'a échappé à personne dans le public : un ancien chef de gouvernement de droite, venu défendre un rassemblement transpartisan devant un parterre acquis à la gauche. Un an après avoir été « accueilli très chaleureusement à la Fête de l'Humanité », selon ses propres mots, Villepin semble vouloir faire de ces incursions en terrain adverse la marque de sa méthode plus que de son programme.
Tondelier contre Glucksmann
Mais cette recomposition esquissée avec la droite gaulliste n'efface pas les fractures, bien plus anciennes, à l'intérieur même de la gauche non-mélenchoniste. Ce dimanche 5 juillet, sur la même scène, Marine Tondelier a réglé ses comptes avec Raphaël Glucksmann. Interrogée sur une possible candidature unique de la gauche, la secrétaire nationale des Ecologistes est revenue sur l'annonce faite par le président de Place Publique au soir du premier tour des municipales, refusant toute alliance avec La France insoumise. Elle lui reproche d'avoir statué « au nom des valeurs », avant d'estimer qu'« il faut être sacrément privilégié pour penser qu'il vaut mieux perdre sur des valeurs et avoir une ville de droite que de faire une union de la gauche ».
L'échange, aussitôt relayé sur les réseaux sociaux, n'est pas resté sans réponse : Raphaël Glucksmann a répliqué avoir été « ravi de faire campagne avec Emmanuel Grégoire », ajoutant à l'intention de Marine Tondelier : « On va le refaire. Je t'invite à essayer. » Une passe d'armes qui illustre, mieux qu'un long discours, l'état des relations à gauche à moins d'un an de l'élection présidentielle, et la distance qui sépare l'ambition affichée du festival, « essayer l'espoir », de la réalité des rapports de force internes.
Espoir en suspens
Au bout de trois jours de débats, le Festival des Idées n'aura donc pas tranché ce qu'il promettait pourtant d'esquisser : un chemin commun. Entre l'offre de dialogue tendue par Dominique de Villepin vers un camp qui n'est pas le sien et les querelles internes qui rejouent, à quelques mois d'une échéance décisive, de vieilles fractures, l'espace politique situé entre le bloc central et La France Insoumise donne surtout à voir l'ampleur de sa tâche. L'espoir affiché en slogan reste, pour l'instant, à l'état d'essai.








